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A Bonnemare, la Vie de Château

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Pictures by Camille Richez

au Château de Bonnemare

Qui peut se targuer d’avoir dormi dans une chambre où auraient autrefois sommeillé deux grands rois, et séjourné dans un monument historique hanté par un couple de légendaires amants ? Moi, depuis peu, et vous aussi bientôt peut-être, si vous décidez un jour de vous rendre au château Bonnemare, dans l’Eure, non loin de Giverny. C’est là, en juin dernier, que j’ai eu l’occasion de passer une nuitée, dans une chambre telle qu’on en voit d’ordinaire dans les musées. Et alors, me demanderez-vous sans doute, qu’est ce que cela fait de dormir dans une pièce du Grand Siècle, avec son lit à baldaquin, son estrade et sa ruelle, son plafond tendu d’une toile réalisée par l’atelier Simon Vouet ? Tout drôle, vraiment tout drôle, et pour un peu on en serait presque surpris au matin de ne pas voir débarquer une troupe de gentilshommes emperruqués pour le « petit lever ». Qu’à cela ne tienne, il reste toujours le pouvoir du rêve, de l’imagination, qui sont à tels points stimulés, à Bonnemare, qu’il « suffit de fermer les yeux ». Ou plutôt de les ouvrir…

Mais avant de revenir en images sur ce séjour exceptionnel, un retour en arrière s’impose. C’est en 1555 que commença l’histoire du château tel que nous le connaissons aujourd’hui, lorsque le marquis de Draqueville, Nicolas Leconte, un proche d’Henri II, en fit l’acquisition et débuta les travaux qui devaient donner à ce vieux manoir médiéval, autrefois prisé par les rois Charles VII et Charles IX pour leurs parties de chasse, des allures de véritable palais de la Renaissance française. C’est au passage de Nicolas Leconte que l’on doit la façade actuelle du château, d’influence italienne, avec ses deux tourelles (cela s’appelle « à la Philibert Delorme », du nom de l’architecte d’Henri II, et c’est apparement très rare !), ainsi que la petite chapelle ronde qui lui est adjacente.

La Chambre de Parade

A la mort de Nicolas Leconte, le château fut racheté par Etienne de Fieux, conseiller et secrétaire de Louis XIII et de ses finances, mais comme ce dernier mourut peu après, ce fut son fils Edmond qui se chargea de la volonté de son père, en complétant la décoration intérieure de Bonnemare entamée par celui-ci. Vint ainsi la Chambre de Parade et son lit à baldaquin -d’origine !-, son plafond orné de « l’Aurore » de l’atelier de Simon Vouet, et sa cheminée surmontée d’une toile réalisée par un élève de Carrache (Leonello Spada), « Enée portant son père Anchise ». En sus d’être un lieu de vie, cette pièce était également un espace où l’on recevait, puisque les salons n’existaient pas encore. Aujourd’hui, il est de nouveau possible d’y dormir, Bonnemare étant une maison d’hôtes depuis 2006, et je ne saurai que trop vous en recommander l’expérience qui, pour ma part, était à ranger dans la catégorie « once in a lifetime » tant c’était inouï. Vous dirais-je qu’en plus les éléments s’étaient mis de mon coté, puisqu’au moment de me coucher un formidable orage a éclaté, et que voir le parc illuminé par des trouées d’éclairs depuis les hautes fenêtres de ma chambre était un spectacle dont je ne me suis pas encore tout à fait remise.

Une dernière chose, est-ce que j’ai reproduit cette chambre dans les Sims ? La réponse est oui, évidemment.

Le Boudoir Directoire

Comme si ce n’était pas assez, la Chambre de Parade débouche sur un adorable boudoir de style Directoire où trône un magnifique lit à l’impériale, et dont les murs sont ornés de grotesques. C’est là que, dans ma vie idéale, je prendrais mon café tous les matins en regardant distraitement par la fenêtre, et c’est exactement ce que j’ai fait ce matin-là.

La Salle de Bains néo-Pompei

Toujours dans la Chambre de Parade, vous commencez à comprendre pourquoi je ne voulais plus la quitter !

La Suite Louis XVI, l’antichambre.

Passons ensuite dans la chambre voisine, la Suite Louis XVI, qui témoigne de l’évolution du château de Bonnemare à travers les époques comme les styles. C’est à Charles Leblond que l’on doit sa décoration, lui qui fit l’acquisition du domaine à la fin du XVIIème siècle, et s’empressa de le moderniser en lui apportant des embellissement dans le goût de ce qui se faisait alors à Versailles, et que sa qualité d’homme au service du comte de Provence, frère de Louis XVI, lui avait permis d’observer.

La Suite Louis XVI 

Pur goût XVIIIème ici en effet avec les bas-reliefs en stucs dont sont ornés les murs, ainsi que les couleurs tendres qui habillent la pièce, dans le style Trianon. Il ferait bon aussi y dormir !

L’escalier

Retour en Italie, et à l’ère de Nicolas Leconte.

La Grande Cuisine

Ah, la cuisine, la cuisine et son ample cheminée, la cuisine et son imposant tourne-broche conçu par Léonard de Vinci, la cuisine et ses petits-déjeuners surtout, qui viennent prolonger le rêve après une douce nuitée. Imaginez, la campagne encore silencieuse, un feu brûlant dans l’âtre, du thé fumant dans un service en argent et des mignardises servies dans de la jolie porcelaine ancienne, le tout sur nappe blanche, et avec ou non passage câlin de deux lévriers de la maison. L’instant parfait par excellence, on en repars sur un nuage.

La Chapelle d’Anet

Oui, c’est vrai, je suis plutôt assez légèrement vêtue pour pénétrer dans cette petite chapelle entièrement ronde dédiée à St-Christophe, et édifiée au XVIème siècle sous l’égide de Nicolas Leconte. Qu’ai-je à dire pour ma défense ? Rien, rien du tout !

Le Parc

Au passage, j’ai eu l’occasion de faire connaissance avec les deux lévriers appartenant aux propriétaires des lieux, qui m’ont accompagnée pour une balade dans le parc de vingt-deux hectares entourant le château, dont je n’ai hélas pas parcouru le quart parce que j’étais mal chaussée, mais que eux ont en revanche quadrillé à le vitesse du son, fonçant à travers les herbes hautes et les épis de blés en me frôlant à chaque passage, les garnements.

A propos, saviez-vous que d’authentiques statues provenant de Bagatelle, la « folie » édifiée au XVIIIème siècle par le comte d’Artois, autre frère de Louis XVI, étaient autrefois conservées dans le parc ? Aujourd’hui, il s’agit toutefois de copies, les originales ayant été rachetées par Bagatelle en 2002.

Je ne saurais vous quitter sans vous parler de la légende des deux amants, qui nous vient d’une poésie du XIIème siècle rédigée par Marie de France, une poétesse de la cour d’Aliénor d’Acquitaine que l’on tient pour être la première auteure connue de la littérature française. Légende, ou plutôt réalité, puisque le récit de Marie se baserait très exactement sur la véritable histoire du château, et de son seigneur Raoul de Bonnemare qui, à cette époque, était fou amoureux de la fille du baron de Cantelou, Mathilde, dont ce dernier lui avait promis la main s’il parvenait à la porter jusqu’au sommet d’un mont escarpé (oui, c’est un peu capillarotracté je l’admets). Hélas, parvenu en haut le malheureux passa aussitôt à trépas, suivi aussitôt de Mathilde, et voilà les Deux Amants au tombeau, pleurés tragiquement par leurs parents, en particulier le baron qui, le remords éternel, continuerai encore de hanter le mont, bien que je ne l’y eusse point aperçu.

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Pour plus d’informations :

Site internet du Château de Bonnemare 

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